Des sujets d'actualité en éducation thérapeutique et télémédecine..
5 Novembre 2022
La pandémie du COVID-19 a beau avoir donné un sérieux coup de pouce à la télémédecine et aux consultations à distance partout dans le monde (en particulier dans les soins de première ligne et en Occident), une étude américaine récemment publiée donne à penser que cette approche n’est pas non plus le remède à tout les maux. Il en ressort notamment que le risque de réhospitalisation est plus élevé chez les personnes suivies à distance après un passage au service des urgences que chez celles qui bénéficient de consultations de suivi en face-à-face.
Dans la foulée de la pandémie, les études sur la télémédecine ne manquent pas et l'implémentation de cette approche dans la pratique clinique aussi a pris un sérieux coup d'accélérateur. Même dans notre pays, un remboursement est désormais prévu pour les téléconsultations en médecine générale, dont les services ont été très largement dispensés à distance au cours de la première vague du COVID-19. Aux États-Unis, cette approche était toutefois déjà utilisée (et parfois remboursée) de longue date et les consultations de suivi après un passage au service des urgences étaient par exemple déjà organisées à distance dans certains États. Une évaluation récente donne toutefois à penser que ce système n'est tout de même pas vraiment la panacée.
La télémédecine moins adaptée dans le contexte des soins aigus
Des spécialistes en économie de la santé rattachés à l'University of California - Los Angeles (UCLA) ont décidé d'examiner de plus près les consultations de suivi organisées à distance dans deux hôpitaux de Los Angeles au cours de la période d'avril 2020 à septembre 2021. Leur analyse a porté sur quelque 17.000 admissions au service des urgences concernant environ 13.000 patients distincts, dont une partie ont été suivis par télémédecine tandis que les autres étaient revus en personne dans le cadre d'une consultation ambulatoire.
Au total, pas moins de 18 % des sujets du premier groupe avaient dû se présenter une seconde fois aux urgences et 5 % avaient dû être hospitalisés dans les 30 jours, tandis que cette proportion n'était « que » de 16 % et 4 % dans le second. D'après les auteurs, ce décalage s'explique par le fait que les patients font appel aux urgences principalement dans des situations aiguës, où un suivi à distance est moins adapté… et même si la différence est somme toute assez limitée, ils sont convaincus qu'elle est suffisante pour justifier une réévaluation des contextes hospitaliers dans lesquels le recours à la télémédecine peut – ou non – être envisagé.
Un éditorial accompagnant la publication de ces résultats souligne que la télémédecine permet d'obtenir de meilleurs résultats pour l'accompagnement des patients chroniques que dans un contexte de soins aigus tel qu'un service des urgences. Néanmoins, ces contacts à distance présentent aussi des limitations non négligeables, dont notamment une relation médecin-patient moins étroite et des soins moins efficaces et de moins bonne qualité.
Source :
Association Between In-Person vs Telehealth Follow-up and Rates of Repeated Hospital Visits Among Patients Seen in the Emergency Department. JAMA Netw Open. 2022;5(10):e2237783. doi:10.1001/jamanetworkopen.2022.37783.